| Mise à jour: 05-Feb-2007 | e-generation |
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Apprendre en se mettant en situation : l’exemple du modèle OTAN aux États-Unis
Mme Carmen K. Iezzi, Conseil atlantique des États-Unis 23-25 février 2005, Washington, D.C. - Plus de cent cinquante étudiants venus de dix-huit collèges et universités des États-Unis et du Canada se sont rendus à Washington D.C. pour y simuler les délibérations du Conseil de l'Atlantique Nord, du Comité politique, du Comité des plans de défense et du Groupe des plans nucléaires, ainsi que du Comité directeur politico-militaire du Partenariat pour la paix (PPP). Cette année, les participants ont eu la chance de pouvoir entendre M. Michael Rühle, Chef de la Section planification générale et rédaction de discours au siège de l’OTAN, et le général de brigade Antonello Vitale, Sous-chef d'état-major adjoint pour la politique et l’interopérabilité du commandement allié « Transformation ». Quatre des personnes qui ont contribué activement à la création et à l’exploitation du modèle OTAN national ont accepté de donner une interview à l’occasion du 20e anniversaire de la conférence. M. Michael Nwanze (à gauche), professeur de science politique à la Howard University, M. Mark Rubin, Directeur du Center for International and Comparative Programs à la Kent State University, M. Lawrence Chalmer, Directeur du Stage d'initiation pour officiers d'état-major de l'OTAN, à l'Université de la défense nationale américaine, et M. Frank Munster, étudiant au Muskegon Community College et Secrétaire général du modèle pour 2005, ont examiné les problèmes posés par une telle entreprise et les bénéfices à en retirer. Qu’est-ce qui vous a motivé à créer ce modèle ?M. Nwanze : Peu après la formation des Nations Unies, des universités américaines et des universités du monde entier ont commencé à simuler les délibérations des Nations Unies, pour mieux faire connaître les devoirs et responsabilités de cette organisation. Bien que l’OTAN ait été créée en 1949, à peine quelques années plus tard, il n’y a pas eu [à ma connaissance] d’effort systématique pour simuler les délibérations de l’OTAN. C’est pourquoi, une vingtaine d’années plus tard, la Howard University et la Kent State University ont décidé de faire une simulation des délibérations du Conseil de l'Atlantique Nord et de divers comités. Les raisons sont évidentes. Il s’agissait de mieux faire connaître le rôle, les activités et les fonctions de l’OTAN. Cette simulation devait montrer les mécanismes de coopération et de conflit qui caractérisent la diplomatie de l’OTAN. De plus, il fallait également souligner les diverses questions économiques, politiques et de sécurité sociale auxquelles l’Alliance atlantique est confrontée. En outre, il est bien sûr devenu très important d’informer la jeune génération de la transformation que l’OTAN a subie : ce n’est pas seulement une organisation de défense et de sécurité, mais aussi une organisation qui commence réellement à résoudre certaines des questions absolument essentielles auxquelles l’Alliance transatlantique doit faire face. Je pense qu’il est très important que cette génération apprenne à connaître et à comprendre l’OTAN, et la simulation est réellement une façon très efficace d’y parvenir, parce qu’elle permet d’apprendre en se mettant en situation. C’est un mode d’apprentissage par l’expérience, et nous espérons que les jeunes n’oublieront jamais les leçons apprises de cette façon. Parce qu’ils se mettent à la place de ces pays, à la place de l’OTAN et ils en viennent à la connaître de l’intérieur, ce qui est très différent d’une connaissance acquise lors d’un projet pédagogique à l’université ou au lycée. C’est cela l’objectif de cette initiative : vous commencez à voir le monde comme le voit le pays que vous représentez. Et c’est ce qui donne son caractère particulier à la simulation. C’est en outre une expérience très intéressante pour les étudiants, [parce qu’ils représentent] les points de vue d’autres pays. Cela leur donne un regard plus pénétrant sur les politiques menées par leur pays respectif. Comment traitez-vous les questions concernant l’expansion de l’OTAN, son élargissement, les changements apportés à la structure de commandement par la transformation, etc ? Quelle incidence cela a-t-il sur l’expérience vécue par les participants ? M. Nwanze : À de nombreux égards, les changements en cours à l’OTAN encouragent une plus grande participation. Chaque année, quelque chose de nouveau se passe à l’OTAN sur le plan de la transformation, de l’élargissement, de la structure de commandement, et ce sont des faits nouveaux que les [étudiants] peuvent utiliser dans le cadre de la conférence. J’ai beaucoup entendu parler de nouvelles idées pour « Berlin Plus », pour l’IESD, pour la force de réaction de l’OTAN. Ils prennent les éléments venant de l’OTAN et veulent les développer et les améliorer. Je pense que si l’Alliance s’était arrêtée d’évoluer à un certain moment dans les années 1980, alors qu’elle n’était qu’une alliance défensive, [on ne verrait pas] autant de créativité. M. Rubin : Assez rapidement après le lancement du Partenariat pour la paix nous l’avons inclus dans la simulation. Mais le Partenariat pour la paix n’a pas toujours été un mécanisme satisfaisant, [parce que], vivant dans le monde réel, [les Partenaires] sont fort limités dans leur participation. Maintenant que ces pays passent du statut de partenaire à celui de membre à part entière, ils s’engagent davantage, et la plus grande diversité rend la simulation plus intéressante. Cela entraîne aussi, comme dans le monde réel, une plus grande difficulté en ce qui concerne les questions régionales exigeant un consensus. M. Chalmer : La vitalité du modèle découle de la vitalité des étudiants et étudiantes des collèges. Ils ont travaillé avec leurs professeurs pendant peut-être un semestre… Ils ont étudié les questions du point de vue des sciences politiques ou des relations internationales ou des deux. Ils viennent préparés, intéressés, enthousiastes et certainement au courant des questions. De ce fait, notre travail, qui consiste à monter un scénario de crise et à travailler avec eux, est beaucoup plus facile que si nous devions leur donner des informations de base sur l’organisation et les fonctions de l’OTAN. Ils connaissent déjà tout cela lorsqu’ils arrivent - c’est cette vitalité là dont je parle ; l’intérêt qu’ils manifestent et leur enthousiasme fait plaisir à voir. C’est très agréable pour nous de travailler avec eux. De même que l’OTAN a changé par rapport à ce que son modèle était il y a vingt ans, ces jeunes gens ont, de même, mûri grâce aux discussions qu’ils ont eues dans leurs propres universités et collèges et ils ont acquis plus de facilité à, dirais-je, « se débattre avec les questions » qui sont actuellement d’actualité dans leur pays ou qui le seront au cours du prochain cycle administratif. Frank, pourquoi avez-vous voulu participer au projet de modèle OTAN ? Que vouliez-vous retirer de cette expérience ?Frank Munster : C’est la seule conférence que je connaisse [où] ce que nous apprenons de l’OTAN n’est pas tiré d’un livre. Vous êtes directement confronté à la situation, vous devez y faire face. Vous le faites, donc on peut espérer que vous pourrez l’enseigner. Nombre d’étudiants sont ici pour la deuxième, la troisième et parfois même la quatrième année. Le modèle prend vie, il évolue, et nous avons des écoles qui reviennent littéralement d’une année à l’autre. Elles tablent sur cette activité, autour de laquelle elles organisent leur programme pédagogique. Que pouvez vous dire de votre expérience en tant que Secrétaire général ?Frank Munster : Je n’ai pas vraiment eu de problèmes en tant que Secrétaire général. Cela m’a permis de voir quels étaient mes points forts sur le plan des relations humaines, et quelles étaient mes faiblesses. Cela m’a permis d’apprendre en peu de temps. Je suis probablement l’une des personnes les plus chanceuses de cette conférence. J’ai parlé avec [pratiquement] tous les délégués en moins d’un jour….ils veulent tous que je leur donne…des informations, mais ils veulent aussi me faire part de leur point de vue, ce qui en fait une expérience très complète, puisque je me souviendrai toujours de ces personnes pour ce qu’elles m’ont dit et ce qu’elles ont partagé avec moi. Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un qui souhaite établir un modèle OTAN ? M. Nwanze : [Je pense qu’il faut examiner les atouts dont vous disposez. Le premier étant] la présence de personnes comme le professeur Chalmer, qui est chargé du stage d'initiation pour officiers d'état-major de l'OTAN. Il transpose la réalité de la formation des officiers d’état-major de l’OTAN dans la situation du modèle… Et nous avons bien sûr une vingtaine de professeurs appartenant à des [disciplines, universités, États et pays] différents, qui sont prêts à donner leurs conseils, à enseigner et, en fait, à enrichir l’expérience de la simulation. Le deuxième atout, ce sont bien sûr les ambassades. Le rôle des États membres de l’OTAN a été très utile dans ce contexte, puisque le tout premier devoir officiel de l’étudiant consiste à se rendre à son ambassade pour une séance d’information. Certains étudiants ont entendu un exposé donné par l’ambassadeur, un chef de mission adjoint ou un officier chargé des affaires politiques ; les étudiants viennent à la simulation en ayant déjà adopté les positions politiques appropriées que leur ont expliquées les représentants de leur pays. M. Rubin : Les séances d’information données par les ambassades sont essentielles pour nous, puisqu’elles aident les [étudiants] à agir en se mettant en situation. Le représentant de l’ambassade où j’ai amené un de mes groupes hier était le m inistre plénipotentiaire, le chef de mission adjoint. Il a passé la plus grande partie de son temps à parler de choses en général, dans le but très clair de leur montrer ce que [la Slovénie] penserait de choses qu’ils rencontreront probablement. Il a essayé de les aider à se mettre dans la peau de ses concitoyens et à savoir comment ces derniers et le gouvernement réagiraient dans certaines situations. C’est vraiment inestimable. Il y aurait beaucoup de lieux de conférence [où] nous pourrions être en mesure d’attirer des gens venant d’horizons plus vastes, mais aucun ne peut nous offrir les ambassades. C’est le seul endroit qui puisse le faire et c’est absolument crucial. M. Chalmer : Les autres personnes qui contribuent depuis plusieurs années à ce modèle sont nos collègues au siège de l’OTAN, nos collègues de l’Association du Traité de l'Atlantique ici aux États-Unis, et nos collègues du commandement allié Transformation à Norfolk (Virginie). Nous avons eu beaucoup de chance de pouvoir accueillir M. Michael Rühle, chef de la Section planification générale et rédaction de discours au siège de l’OTAN, qui a été, cette année encore, l’orateur principal, ainsi que le général de brigade Antonello Vitale, de l’armée de terre italienne, en poste au commandement allié Transformation, qui s’est entretenu avec les étudiants des aspects militaires des problèmes auxquels l’OTAN est confrontée, de la transformation que l’Organisation a entreprise. Dernières réflexions ?M. Nwanze : Je suis très heureux de constater que certaines personnes persévèrent dans le domaine qui nous occupe. Je vous donnerai deux exemples. Il y a quelques années, une jeune femme d’une de nos écoles secondaires locales, Virginia Wilkins, a travaillé avec nous en tant qu’élève stagiaire. Aujourd’hui, elle est ici en qualité de déléguée, d’étudiante universitaire, représentant l’un des pays membres de l’OTAN. De même, un collègue canadien, M. Jeff Reynolds, venu en tant qu’étudiant de premier cycle, fait maintenant partie de l’état-major du commandement allié Transformation. Il ne s’agit que de deux exemples parmi beaucoup d’autres, et cela nous encourage de voir que ces étudiants sont devenus des personnes réfléchies pour qui l’OTAN et le monde des affaires internationales sont une voie dans laquelle ils peuvent s’engager. C’est un grand plaisir pour nous. Mme Carmen K. Iezzi est la coordonnatrice de l’éducation pour le Conseil atlantique des États-Unis. On peut la contacter à l’adresse suivante : ciezz@ac us.org. |
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